Saveurs du monde

Histoire du vin corse

Petra di Mela, c’est un petit domaine viticole créé dans les années 30 par les grand-parents de Jules Celli, vigneron et actuel propriétaire. J’ai eu la chance de le visiter lors d’un blog trip organisé par l’Office du Tourisme d’Ajaccio à l’occasion du Salon des blogueurs de voyage 2015 et d’en apprendre un peu plus sur l’histoire fascinante du vignoble corse. Une histoire aux multiples rebondissements que je partage à mon tour avec vous.

La Corse a reçu quatre dons majeurs de la nature : ses chevaux, ses chiens, ses hommes fiers et courageux, et ses vins, generosissimi, que les princes tiennent en l’estime la plus haute !
Ignazio Danti

Si vous avez goûté au vin corse entre les années 60 et 80, il y a de fortes chances que vous vous demandiez ce que ce bon Ignazio avait fumé. Et ce n’est pas Jules qui vous contredira : « Dans les années 80, le vin corse était synonyme de piquette. Et c’était la vérité. »

Heureusement, je peux vous dire que ça a changé !

Histoire_du_vin_corse_-_Yummy_planet

Pour comprendre une telle réduction, il faut remonter dans le temps.

De l’Antiquité au Nouveau Monde

C’est en 546 AC, fuyant les Perses qui les chassèrent d’Asie Mineure, que les Phocéens se sont réfugiés sur l’Île de beauté. Ils emportèrent avec eux les premières vignes et la genèse de ce qui devint le vignoble de Corse. Un vignoble préservé et encouragé par les différents pouvoirs qui se sont succédés au fil des siècles.

Durant le 19e siècle, les vins de Corse jouissent d’une certaine reconnaissance. Appréciés de tous, ils se dégustent à Paris ou aux États-Unis.

Raphaël Pierre Bianchetti, Domaine Petra di Mela, Ajaccio

Une période sombre

Malheureusement, dans la seconde moitié du 19e siècle, des épidémies d’oïdium et de phylloxéra frappent tour à tour le vignoble corse. Les vignes, ravagées, sont arrachées et tout est à recommencer. Les producteurs mettront des décennies à s’en remettre.

Moins d’un siècle après cette série de catastrophes, le vignoble est à nouveau mis à l’épreuve. Mais cette fois-ci, il ne s’agit pas d’une épidémie.

L’industrialisation du vin corse

En 1962, suite à l’indépendance de l’Algérie, le gouvernement français doit relocaliser les rapatriés. Plus de 17000 d’entre eux sont installés sur la côte orientale corse.

Alors que le vignoble de Corse est composé de petits domaines d’1 à 2 hectares, de nouvelles exploitations aux proportions démesurées apparaissent, à l’image de cette parcelle de 650 hectares d’un seul tenant, implantée à Solenzara près de l’aéroport militaire pour permettre de réaliser tout le traitement par avion.

Avec ces nouveaux domaines, ce sont les méthodes de vinification des « pieds noirs » et des cépages à fructification rapide qui sont introduits. Des méthodes industrielles aux rendements hors normes, en décalage avec les méthodes traditionnelles du vignoble corse, qui contrastent par leur ampleur mais aussi par la piètre qualité du produit.

La bouteille en verre nous coûtait plus cher que ce qu’ils vendaient leur bouteille pleine, C’était du vin de très mauvaise qualité qui se vendait en bouteille en plastique d’1L à 1FF (0,15€)

Dans les années 60 et 70, il y a une forte demande pour un vin de table bon marché, un vin pour les ouvriers et les mineurs qui n’ont que très peu de moyens. Cette tendance profite aux industriels qui, grâce à leurs exploitations intensives, proposent un vin médiocre mais à un coût défiant toute concurrence. Les petits producteurs, avec leurs coûts de production bien supérieurs, n’arrivent pas à lutter et coulent les uns après les autres.

Le coup de grâce

En 1974, une campagne appelle au boycott des vins corses suite à un scandale financier touchant plusieurs grands négociants et viticulteurs industriels. Ce boycott ne fait aucune différence entre industriels et petits producteurs. Déjà mis à mal, ces derniers sont entraînés et c’est l’effondrement de la viticulture traditionnelle corse.

Cet effondrement va provoquer une révolte des vignerons, cristallisée par les événements d’Aleria en 1975. Suite à cela, le gouvernement prendra une série de mesures mettant fin aux exploitations industrielles en Corse et ouvrant de nouveau la voie à la reconstruction d’une viticulture de qualité.

Raphaël Pierre Bianchetti devant une vigne fraichement plantée

Mais recommencer n’est pas simple. Il ne suffit pas de se lever un beau matin, de relancer les cultures et se « contenter » de produire un vin de qualité comme avant. Avec la mauvaise réputation dont ils souffraient, les vins corses ont du regagner leurs lettres de noblesse. Il aura fallu plus de 30 ans aux vignerons pour sortir la tête de l’eau et récupérer des dégâts causés par les industriels.

Le renouveau du vignoble de Corse

Jules Celli, son frère, et Raphaël Pierre Bianchetti, Petra di

« La Corse a reçu quatre dons majeurs de la nature », disait Ignazio Danti.

Je ne peux pas vous parler des chiens ni des chevaux. Mais en visitant le domaine de Jules, j’ai rencontré des hommes fiers et courageux, à l’image de ceux qui se sont battus pendant 30 ans pour reconstruire le vignoble de Corse.

Et pour ce qui est des vins, je ne peux que vous encourager à les déguster, en AOC, et pourquoi pas avec un peu de Coppa corse ou de Brocciu !

Petra di Mela, des vins corses à la propriété

Domaine Petra di Mela, Ajaccio

Jules Celli est le propriétaire du domaine Petra di Mela qui produit des vins « AOC Ajaccio ». Vous ne trouverez pas ses vins en grandes surfaces, ça ne l’intéresse pas. Il préfère voir les gens. C’est pourquoi 90% de sa production est vendue sur place, à la cave, et dans la région.

Si vous passez dans la région d’Ajaccio, je ne saurais trop vous recommander d’y faire un crochet.

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